TOMORROW @Elaine Levy

En mai 2010, je rencontre Ivo Provoost et Simona Denicolaï qui me proposent de faire une action avec le film pour la galerie d’art immatérielle EDLA Bruxelles.

C’est ainsi que vient l’idée de tourner la scène finale du film à Matmata et de proposer une souscription pour en financer le tournage en Tunisie.

Jean-Philippe Convert, dont la publication d’un texte dans le journal  « C’est Dimanche » était le premier projet d’EDLA BRUSSELS me passe le relais et  me propose de présenter, quelques semaines plus tard, le projet chez Elaine Levy.

A cette occasion, je demande à Jean-Philippe de lire un texte sur TOMORROW, accompagné au Casio par Quiet Stars.

Paul Virillo. Un ministre du temps et du tempo…

Comment l’écologie peut-elle s’accommoder de la vitesse ?

Pour être complète, l’écologie doit aussi devenir l’écologie du temps. L’écologie verte traite la pollution des substances, de la faune, de la flore, de l’atmosphère, bref de tous les écosystèmes. L’écologie grise devrait traiter la pollution des distances, des échelles, de la grandeur nature. Les choses existent à travers des proportions : au-delà de 2,5 mètres, nous ne sommes plus homme, mais fantôme ou sycomore si l’on fait 18 mètres de haut. Or, la vitesse des transports et des transmissions instantanées réduit le monde à rien. Nous vivons une époque singulière, notre appréciation des échelles de temps et de distances est bouleversée et la terre est devenue trop petite pour le progrès. Les sociétés anciennes n’ont pas vécu ce que nous vivons, ce monde réduit à presque rien à travers la vitesse des transmissions, et à pas grand-chose à travers la vitesse supersonique. Il ne s’agit pas de croire à la fin du monde et à l’apocalypse, mais nous sommes devant une singularité absolue. Il faut une vision révélationnaire, et non plus révolutionnaire.

(…)

Si on ralentissait, aurions-nous pour autant moins peur ?

Quand on me parle de décroissance, je ne joue pas le jeu. Nous n’en sommes pas là : comment dire non à ce qui nous apporte un plus ? Avant de ralentir, il faut d’abord comprendre de quoi il s’agit. Il faut un travail universitaire nouveau, à l’échelle du monde. Pourquoi ne pas envisager un ministère du temps et du tempo, pourquoi ne pas réfléchir à une pensée politique de la vitesse qui, à l’instar de la musicologie, composerait des rythmes pour former une mélodie ?

Article dans son intégralité. Libération 5/07/2010

http://www.liberation.fr/societe/0101644843-virilio